Nier (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

(se conjugue comme Crier ). X e siècle. Issu du latin negare, « dire non ». Déclarer, soutenir qu'une affirmation n'est pas vraie ou qu'une chose n'a pas de réalité, d'existence. Nier une proposition, un principe, une conséquence. Il a accordé la majeure et nié la mineure. C'est une vérité qu'on ne peut . L'athée nie l'existence de Dieu. Il nie avoir fait cela ou, class., d'avoir fait cela. Il nie qu'il vous a fait, qu'il vous ait fait cette promesse. Je ne nie pas, je n'ai jamais nié la difficulté de l'entreprise. Expr. Nier l'évidence, la réalité, s'entêter à contester ce qui ne saurait être mis en doute. Absolt. Il nie formellement. . Nier une dette, refuser de reconnaître qu'on en est débiteur. Nier sa signature.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Dire qu'une chose n'est pas vraie, soutenir qu'une chose n'est pas. "Nier un fait. C'est une vérité qu'on ne peut . Nier cette vérité, c'est qu'il fasse jour en plein midi. Il demeure d'accord du droit, mais il nie le fait, il le nie formellement. Je ne nie pas qu'il ait fait cela. Il nie que cela soit." Absolument, "Toute les fois que j'affirme, vous niez."
"Nier une dette, un dépôt," Soutenir qu'on n'a pas à payer cette dette, qu'on n'a pas à rendre compte de ce dépôt.
NIER signifie aussi, en termes de Philosophie, Ne pas demeurer d'accord d'une proposition. "Il ne faut pas disputer contre ceux qui nient les principes. Nier une conséquence. Il a accordé la majeure et nié la mineure."



Dictionnaire d'Emile Littré




 1   Dire qu'une chose n'est pas vraie ou n'est pas.
RETZ: « Il me nia le fait, mais d'une manière qui me le fit croire, parce qu'il me conjura de ne le pas publier »
SACI: « Les sadducéens, qui nient la résurrection, le vinrent trouver, et ils lui proposèrent cette question... »
SACI: « Vous étiez aussi avec Jésus de Nazareth ? mais lui le nia, en disant : Je ne le connais point, et je ne sais ce que vous dites »
PASC.: « C'est une maladie naturelle à l'homme de croire qu'il possède la vérité directement ; et de là vient qu'il est toujours disposé à tout ce qui lui est incompréhensible »
VOLT.: « Souvenez-vous que nous avons vu dans Paris les expériences de Newton sur la lumière, et lui faire des objections plus frivoles »
VOLT.: « Vous laissez les taupes, enterrées sous vos gazons, , si elles l'osent, l'existence du soleil »
D'ALEMB.: « Des avantages qui ne puissent être ni disputés ni niés ; or c'est ce qu'on trouve dans la naissance et dans la fortune »
CHATEAUBR.: « Quand on ait au christianisme ses preuves surnaturelles, il resterait de quoi prouver qu'il est le culte le plus divin et le plus pur »
    Absolument.
MONTESQ.: « C'est un des abus de ce tribunal [l'inquisition], que, de deux personnes qui sont accusées du même crime, celle qui nie est condamnée à la mort, et celle qui avoue évite le supplice ; ceci est tiré des idées monastiques »
    Nier Dieu, prétendre que Dieu n'existe pas.
CORN.: « Dieu fait part, au besoin, de sa force infinie ; Qui craint de le , dans son âme le nie »
ROLLIN: « Son désespoir à la mort de ses enfants, porté jusqu'à la Providence »
VOLT.: « Vous craignez qu'en adorant Dieu on ne redevienne bientôt superstitieux et fanatique ; mais n'est-il pas à craindre qu'en le niant on ne s'abandonne aux passions les plus atroces et aux crimes les plus affreux ? »

 2   Nier suivi d'un autre verbe, régit de et l'infinitif, lorsque le verbe régi se rapporte au sujet de la phrase.
SÉV.: « Il nie d'avoir rien touché, pour se mettre dans le rang des créanciers »
J. J. ROUSS.: « Il a nié d'avoir prétendu deux fois dans le consistoire.... »
    Si le verbe régi ne se rapporte pas au sujet de la phrase, on met que et le subjonctif.
BOSSUET: « Si cette vie est le champ fécond dans lequel nous devons semer pour la glorieuse immortalité.... l'on ne peut que la longue vie ne soit souhaitable »
    On peut employer la même tournure quand les deux verbes ont le même sujet. Il nie qu'il se soit trouvé dans cette maison.

 3   Nier un dépôt, une dette, qu'on ait une dette à payer, un dépôt à rendre.
BEAUMARCH.: « Doutez-vous de ma probité, monsieur ? vos cent écus ! j'aimerais mieux vous les devoir toute ma vie, que de les un seul instant »

 4   En termes d'argumentation, ne pas demeurer d'accord d'une proposition. Nier un principe. Il a accordé la majeure et nié la mineure.
BOSSUET: « Il ne faut point imputer les conséquences à qui les nie »

 5   Refuser, ne pas accorder.
MOL.: « Et je n'ai pu au tourment qui le tue Quelques moments secrets d'une si chère vue »
MOL.: « Et tâcher par des soins d'une très longue suite D'obtenir ce qu'on nie à leur peu de mérite »
PASC.: « Il demeure libre d'octroyer la demande ou de la »

 6   Se , v. réfl. Être nié. Ce sont là des choses qui se nient facilement.

REMARQUE
    1. Nier employé avec une négation est suivi ordinairement de la négative ne :
MOL.: « Je ne puis pas qu'il n'y ait eu des Pères de l'Église qui ont condamné la comédie ; mais on ne peut pas me aussi qu'il n'y en ait eu quelques-uns qui l'ont traitée un peu plus doucement »
FÉN.: « Vous ne sauriez qu'un homme n'apprenne bien des choses quand il voyage »
VOLT.: « Je ne nie pas que je ne sois infiniment flatté.... »
    2. On peut aussi supprimer ce ne :
     Dict. de l'Académie: Je ne nie pas qu'il ait fait cela
J. J. ROUSS.: « Je ne nie pas qu'il ait raison »
    3. On met également ne quand le verbe paraît sous une forme interrogative : Peut-on qu'il n'ait avancé cette proposition ? Mais ici aussi le ne peut se supprimer : Niez-vous qu'il en soit ainsi ?

HISTORIQUE
    XIIème siècle
     Ronc. p. 181: Puisqu'il le nie, sire, vez-ci mon gant
    XIIIème siècle
     Ch. d'Ant. VII, 556: Li plus sage paien en furent moult dolent : Volentiers s'en r'alassent ariere en orient, Mais plus en ot de fols qui en furent noiant
     ib. CXXI: Mais ce ne sui-je pas [ce n'est pas moi], sachiez, je vous le noi, Berte, cv. De ce qu'ele le noie, tous [j'] en sui trespensés
     la Rose, 12378: L'ostel, dit-il, tel cum veés, Prenés, jà ne vous iert neés [refusé]
    XIVème siècle
ORESME: « La pensée qui afferme ou nie »
ORESME: « Teles vertus selon lesqueles l'ame dit verité ou en affermant ou en noiant »
    XVIème siècle
CALV.: « Qui est-ce qui a que cela n'ait esté fait par esprit prophetique ? »
CALV.: « Il faut qu'il nie quant et quant, que la transgression de la loy n'est point peché »
CALV.: « Il nie qu'il n'a point esté creé apostre ne des hommes, ne par hommes, mais par Jesus-Christ »
AMYOT: « Il ne nioit point qu'il n'eust Cleopatre, mais aussi ne confessoit il point qu'il la tinst pour sa femme »
AMYOT: « Il nia qu'il l'eust prise, mais il en fut trouvé saisy »

ÉTYMOLOGIE
    Wallon, noiî ; provenç. negar, neguar, nejar, neyar ; espagn. et portug. negar ; ital. negare ; du lat. negare, que les étymologistes latins dérivent de nec et du radical du verbe ajo, aio, je dis ; mais à tort : car c'est le dénominatif de la négation nec, où le c s'est changé en g, comme dans neg-otium. La régularité de la conjugaison exclut la composition avec aio.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Dire qu'une chose n'est pas vraie, soutenir qu'une chose n'est pas. "Nier un fait. C'est une vérité qu'on ne peut . Nier cette vérité, c'est qu'il fait jour en plein midi. Il demeure d'accord du droit, mais il nie le fait, il le nie fort et ferme, il le nie tout à plat. Je ne nie pas qu'il n'ait fait cela, qu'il ait fait cela. Il nie que cela soit."
"Nier une dette, un dépôt," Nier qu'on ait une dette à payer, qu'on ait reçu un dépôt.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, en termes d'argumentation, Ne pas demeurer d'accord d'une proposition. "Il ne faut point disputer contre ceux qui nient les principes. Nier une proposition, un principe, une conséquence. Il a accordé la majeure et nié la mineure."
Il s'emploie quelquefois absolument. "Toutes les fois que j'affirme, vous niez."



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Verbe 


Dire qu'une chose n'est pas vraie. "Nier un fait. C'est une vérité qu'on ne peut . Il demeure d'accord du droit, mais il nie le fait, il le nie fort et ferme, il le nie tout à plat. Je ne nie pas qu'il ait fait cela, qu'il n'ait fait cela. Il nie que cela soit".
On dit, "Nier une dette, un dépôt," pour dire, Nier qu'on ait une dette à payer, qu'on ait reçu un dépôt.
En matière de dispute, il signifie, Ne pas demeurer d'accord d'une proposition. "Il ne faut point disputer contre ceux qui nient les principes. Nier une proposition. Nier une majeure. Nier uneconséquence".



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


Dire qu'une chose n'est pas vraie. "Nier un fait. C'est une vérité qu'on ne peut . Il demeure d'accord du droit, mais il nie le fait, il le nie fort & ferme, il le nie tout à plat. Nier une dette." "Nier un dépôt. Il nie que cela soit."
En matière de dispute, il signifie, Ne pas demeurer d'accord d'une proposition. "Il ne faut point disputer contre ceux qui nient les principes. Nier une proposition. Nier une majeure. Nier une conséquence."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

et neut. ["Ni-é": 2e"é" fer. devant l'"e" muet, l'"i" est long: il "nîe". Au futur, cet "e" muet ne se prononce pas: il "niera", il "nieroit"; pron. "nîra", "nîrè".] Dire qu'une chôse n'est pas vraie. '"Nier un" fait: il "nie le" fait. = "V. n." Il régit "que" et le subjonctif: il "nîe que" cela "soit".
   "Rem." 1°. Dans la phrâse négative, il est mieux de mettre la particule "ne" devant le verbe régi. "Vaug." 'Je "ne nie pas que" je "ne" l'aie dit, est mieux que je "ne nie pas que" je l'"ai dit". Celui-ci est français, mais l'autre est bien meilleur. * "Mallebranche", dans la même phrâse, retranche la négative à un membre et la met à l'autre. 'Ils "ne nient pas que" la douleur "soit" un mal, et qu'il "n' y ait" de la peine dans la désunion des chôses auxquelles nous sommes unis par la Nature. = Le P. "Bouchet" a fait la même faûte. '"Il n'est" donc "pas" possible de "nier" que le Démon "n'ait" un véritable pouvoir sur les gentils, et "que" ce pouvoir "cesse" aussitôt qu'ils ont fait quelque démarche pour renoncer à l'Idolâtrie.
- Il falait, dans le 2d membre, "ne cesse", comme il y a "n'ait" dans le 1er. = J. J. "Rousseau" retranche aussi la négative. 'Je "ne nie pas qu'"il "ait" raison. 'Je "ne nie pas qu'"il y "ait" de Grands Hommes qui, etc.
- "Qu'"il "n'ait" raison, et "qu'il n'y ait" de Grands Hommes, etc. irait mieux. = Il faut apliquer cette règle au sens interrogatif, qui a souvent le même éfet que le négatif. '"Peut-on que" cette partie du monde "doive" suffire à M. Simon. "Boss."
- "Ne" doive sufire serait plus régulier. = Au contraire, quand "nier" est employé dans le sens afirmatif, il ne faut point de négation au verbe qu'il régit. "Nier" que la puissance divine "ne" s'étende "pas" à une telle production... me parait une des plus hardies témérités. "Crouzas", Réflex. sur "Pope". Il falait, " qu'"elles "s'étende"; ou bien, "assurer qu'"elle "ne s'étend pas".
- C'est comme ceux qui disent: je "vous défends" de "ne pas" faire; au lieu de dire: je "vous défends de faire".
- 2°. "Nier" régit "que" et le subjonctif, quand le verbe qui est régi ne se raporte pas au sujet de la phrâse (au nominatif) de "nier": "je" ne "nie" pas "que vous" ne "soyiez" fondé, etc. * 'Ils "ont nié que" Dieu "veut" (veuille) le péché en tant que péché. "Leibnitz". Quand il s'y raporte, on met "de" et l'infinitif. 'Il "a nié d'avoir prétendu" deux voix dans le consistoire. "J. J. Rouss."
- 3°. "Nier" n'a pas le sens de "refuser"; et "Molière" n'est pas à imiter, quand il dit:
   Et je n'ai pu " au" tourment qui le tue,
   Quelques momens secrets d'une si chère vue.
On dit, dans le "Dict. de Trév." que dans ce sens, il n' est ni dans le Dict. de l'Acad. ni dans aucun Auteur qu'on ait pu consulter, (ces vers de "Molière" avaient échapés aux recherches) qu'il parait venir du pays latin, et qu'il n'est pas du bel usage.



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Verbe 


Dire qu'une chose n'est pas, n'en pas demeurer d'accord. "Il m'a nié telle proposition. je nie la consequence. il me nie tout. c'est une verité que vous ne sçauriez . une majeure. vous le dites & je vous le me. je demeure d'accord du droit, mais je nie le fait. il me le nia fort & ferme. il me l'a nié tout à plat. il nie la dette. s'il vous le nie comment le prouverez- vous?"




Emplacement dans le dictionnaire :

nidoreux
nié
niece
nièce
niellé
nielle
nieller
nielleur
niellure

nife
nigaud
nigaudement
nigauder
nigauderie
nigaut
nigelle
niger
niguedouille
nihil-album
nihilisme




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Iphigénie)

...génie inexorable ! Clytemnestre ce génie est le mien et le sien à la fois : il est inexorable et nous perd tous les trois. Agamemnon mais quel tort t'ai-je fait ? Clytemnestre eh quoi, nier encore ! Malheureux, tu le sais plus que je ne l'ignore. Agamemnon mes secrets sont trahis. Clytemnestre on m'a tout révélé et ta confusion ne laisse rien celé. Va, tais-toi. Agamemnon je me...


Citation n°2 de Paul VIDAL DE LA BLACHE (Principes de géographie humaine)

...non plus se laisser illusionner par le nombre de ces témoins qui peuplent aujourd'hui, dans les plaines de Chaldée ou du Séïstan par exemple, les espaces presque réduits à l'état de solitude. Sans nier les effets d'une décadence qu'expliquent suffisamment les causes historiques, les établissements ont pu, suivant les hasards de guerres ou d'obstructions de canaux, dépérir et se reformer en...


Citation n°3 de Robert de FLERS (Monsieur Brotonneau)

...toi, c'est parmi les employées de bas étage que tu vas choisir tes maîtresses. Brotonneau. -Mlle Louise n'est pas ma maîtresse et je te défends... Thérèse. -ah ! Ah ! Tu nies... tu essaies de nier... moi je n'ai pas cette lâcheté, et sais-tu ce que j'avais la loyauté et la bêtise de venir faire ici ? ... Brotonneau. -quoi ? ... Thérèse. -je venais tout t'avouer. Brotonneau. -tout m'avouer...


Citation n°4 de Henri POINCARÉ (La Valeur de la science)

...il se condamnerait à n'en jamais rien connaître et par conséquent à n'en jamais rien dire. Certes il y a dans l'homme d'autres forces que son intelligence, personne n'a jamais été assez fou pour le nier. Ces forces aveugles, le premier venu les fait agir ou les laisse agir ; le philosophe doit en parler ; pour en parler, il doit en connaître le peu qu'on en peut connaître, il doit donc les regarder...


Citation n°5 de Henri POINCARÉ (La Valeur de la science)

...mécanique céleste est impossible. Les rapports intimes que la mécanique céleste nous révèle entre tous les phénomènes célestes sont des rapports vrais ; affirmer l'immobilité de la terre, ce serait nier ces rapports, ce serait donc se tromper. La vérité, pour laquelle Galilée a souffert, reste donc la vérité, encore qu'elle n'ait pas tout à fait le même sens que pour le vulgaire, et que son vrai...


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